Paris et Rafael Nadal, c’est l’histoire d’un paradoxe absolu. Invincible ou presque dans l’Ouest parisien, où il compte treize titres à Roland-Garros, dont le dernier a été acquis il y a moins d’un mois, l’Espagnol n’y arrive pas dans l’Est de la capitale française, où il n’a jamais réussi à remporter le moindre titre à Bercy. Et ce n’est pas cette année que la Majorquin corrigera cette anomalie puisqu’il s’est incliné aux portes de la finale contre un Alexander Zverev bien plus fort que lui.

Pour un champion de la trempe de Nadal, difficile de faire plus antinomique que Roland-Garros et Bercy à Paris, la ville qui compte le plus dans sa carrière. Avec une saison 2020 tronquée par la pandémie de Covid-19, on se disait pourtant que cette année, c’était la bonne pour l’Espagnol. Et pour cause, à la différence des saisons précédentes, le n°2 mondial n’était pas émoussé par une saison longue et éprouvante. Alors que la saison avait été stoppée juste avant le coup d’envoi du Masters 1000 d’Indian Wells début mars, Nadal avait ensuite fait l’impasse sur la tournée américaine, et donc l’US Open, en août pour se concentrer sur Roland-Garros.

L’OCCASION ÉTAIT TROP BELLE… POUR TAPER DANS LE MILLE

Une fois la mission accomplie, et avec la manière puisqu’il n’a concédé aucun set Porte d’Auteuil, l’Espagnol avait songé à mettre fin à sa saison dans une année compliquée pour tout le monde. Mais finalement, son esprit de compétiteur hors norme avait pris le dessus et l’avait poussé à se tourner vers deux derniers défis de taille : Bercy et le Masters. Deux tournois de premier plan où il ne s’est encore jamais imposé. C’est donc une nouvelle fois raté à l’Accor Arena pour Nadal.

En l’absence de Novak Djokovic et Dominic Thiem, qui ont fait l’impasse sur le Rolex Paris Masters pour recharger les batteries avant le «Tournoi des maîtres» à Londres, et de Roger Federer, qui ne reprendra la compétition qu’en 2021, l’occasion était trop belle pour ne pas la tenter. Mais dès son entrée en lice, contre son compatriote Feliciano López, on a vite senti que ce serait compliqué pour le Majorquin dans le Masters 1000 parisien… Pour autant, ce succès inaugural en trois sets lui a permis de glaner la millième victoire de sa carrière. Pour l’Espagnol qui a tant brillé à Paris, sur terre battue, le symbole est assez magnifique. A cette occasion, il a rejoint un club ultra-sélect composé de Jimmy Connors, Ivan Lendl et Roger Federer, les trois autres millénaires de l’ère Open.

A Bercy, Rafael Nadal a remporté le millième match de sa carrière. © FFT

L’INDOOR, TALON D’ACHILLE DE NADAL

Après cet accomplissement, Nadal est parvenu à se hisser dans le dernier carré, non sans se faire de belles frayeurs contre Pablo Carreño Busta. Mais après une entame de tournoi poussive, il n’est pas parvenu à hausser suffisamment son niveau de jeu pour espérer aller au bout dans le tournoi. Le Majorquin a pu ainsi constater ce qui le sépare encore d’un sacre en indoor à Bercy contre un Alexander Zverev en pleine confiance. Auteur d’un doublé à Cologne en octobre, l’Allemand n’a quasiment laissé aucune chance à l’Ibère, notamment grâce à un service redoutable (72% de premières balles).

C’est d’ailleurs l’une des raisons qui expliquent les difficultés de Nadal en indoor. En l’absence de vent et de soleil, les serveurs peuvent montrer toute l’étendue de leur puissance dans les salles comme l’Accor Arena à Paris ou l’O2 Arena à Londres. Dans ce contexte, cela devient plus dur à retourner. De plus, l’Espagnol n’a pas l’occasion d’installer le combat physique qu’il affectionne tant à Roland-Garros. Le format et la vitesse de balle lui conviennent en effet beaucoup moins. En indoor, tout va plus vite, et Zverev ne s’est pas gêné pour lui rappeler ce samedi à Bercy.

15 ANS QUE NADAL N’A PLUS GAGNÉ SUR SURFACE RAPIDE EN INDOOR 

2020 sera donc à ranger au rayon des nombreuses déceptions dans l’Est parisien pour Nadal. Depuis le début de sa carrière, il a déclaré forfait à dix reprises à Bercy, avant ou pendant le tournoi. L’an passé, il avait d’ailleurs abdiqué avant sa demi-finale contre Denis Shapovalov. Son meilleur résultat reste donc une finale perdue en 2007 pour sa première participation. Depuis, le Majorquin une histoire tourmentée avec le tournoi de l’Est parisien. Mais il n’y a pas qu’à Paris que Nadal est fébrile en indoor. C’est aussi notamment le cas au Masters de Londres, où il n’a jamais réussi à franchir la dernière marche.

Le dernier sacre de l’Espagnol sur surface rapide en indoor remonte à 2005 à Madrid. Mais à l’époque, la finale s’était jouée au meilleur des cinq sets. Et après avoir bu la tasse dans les deux premières manches contre Ivan Ljubicic, le Majorquin avait inversé la vapeur pour s’imposer en cinq sets. Quinze ans plus tard, Nadal ne peut plus avoir ses adversaires à l’usure en indoor. Il devra donc attendre au minimum l’année prochaine pour devenir le premier joueur depuis Andre Agassi à réaliser le doublé Roland-Garros – Bercy. Mais avant de basculer vers 2021, cap sur le Masters, cet autre tournoi majeur en indoor qui résiste encore et toujours à l’envahisseur espagnol…